Pour trouver sa place

C’est étrange comme sensation, le syndrome de l’imposteur.

Il parait que 20% de la population en est atteint.

Sur Wikipedia, il est décrit ainsi : « Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. ».

J’ai cette sensation permanente depuis quelques temps. Et elle s’est accentuée depuis que je recherche un nouveau job.

Il y a 5 ans, je me suis réorientée dans le secrétariat. Parallèle évident avec ma formation initiale : être la personne qui apporte son appui au reste de l’équipe, qui prépare et exécute des tâches permettant au bon fonctionnement de l’entreprise tout en déchargeant ses supérieurs/collègues. J’aime apporter mon aide. J’aime suivre les procédures qui mènent à la résolution d’un dossier. J’aime être assistante d’une équipe. J’aime me sentir utile.

J’ai pris la décision de quitter mon poste en CDI pour des raisons personnelles. Je n’arrive toujours pas à savoir si cette décision était la bonne ou pas, mais elle m’a permis de réfléchir à un nouvel avenir professionnel.

Lors de cette réflexion, j’ai réalisé une immersion de deux semaines en atelier de tapisserie. A la base, je suis quelqu’un qui aime réaliser des objets avec ses mains. J’aime toucher les matières pour les transformer en quelque chose qui fasse partie de la vie des gens, mais j’ai peu de moyens financiers pour réaliser ce besoin de créer. Ce sont ces moyens limités qui m’ont toujours freinée. C’est pourquoi je m’étais orientée vers le métier de secrétaire, parce que c’est un métier convenable, sérieux et « normal », et qu’une entreprise a toujours besoin d’une petite main qui l’assiste dans la gestion administrative. Mais avec le recul, je ne me suis jamais vraiment sentie légitime sur ce poste, même si j’y ai pris plaisir. C’est plutôt devant la table de découpe, dans l’atelier de tapisserie, que j’ai eu cet éclair. Je me suis dit :

« Y a des gens qui sont payés pour faire ça, toute la journée, tous les jours. J’ai envie d’en être! ».

A ce moment précis, tout me paraissait simple, naturel, je me sentais réellement à ma place. Je savais que c’est dans un atelier que je dois prendre place. C’est ce but que je dois atteindre.

Mais la vie, elle, elle n’est pas simple. Il y a toute ma vie personnelle qui s’est écroulée en 2019 et aujourd’hui, je dois repartir de zéro et tout reconstruire.

Mère célibataire, sans emploi, des finances précaires, je doute de ma légitimité à faire ce dont je rêve, parce que ce n’est pas raisonnable, que je dois m’occuper de mon gamin et nous mettre à l’abri du besoin, mais aussi de celle de faire ce métier « alimentaire » que je sais faire mais pour lequel je n’ai plus aucune passion.

Je participe à des forums emploi, et je vois bien que la clé de la réussite, c’est de mettre du cœur dans ce que l’on fait, mais mon cœur est loin du bureau d’une secrétaire, et j’ai tellement de mal à démontrer ma motivation lors des entretiens professionnels que je décroche que j’ai l’impression de m’auto-saboter inconsciemment pour être sûre de ne pas être engagée. Pourtant, j’ai besoin de travailler, au moins en attendant d’accéder à la formation en tapisserie à laquelle j’aspire dans quelques mois.

Aujourd’hui, je dois justifier d’être en pleine recherche d’emploi pour le métier auquel je ne crois plus. Pour être efficace, il faut avoir le feu, celui de la passion. J’ai les compétences, mais je n’ai plus aucune légitimité à être secrétaire, et les recruteurs doivent certainement le ressentir. C’est cette forme que prend le syndrome de l’imposteur pour moi, cette culpabilité de faire ce qui n’est pas pour soi mais le faire quand même par devoir, se dire que l’on essaie de prendre la place de quelqu’un qui a la passion pour ce que tu ne veux pas faire, de faire perdre du temps au recruteur, tout ça pour obtenir une réponse négative…

Je déteste cette sensation, d’être entre deux vies. Je déteste ne pas réussir à voir comment articuler les choses pour avancer vers ce que je veux réaliser. Mais je dois encore avoir des choses à comprendre avant d’accéder à ce qui me convient. Pour trouver ma vraie place et me reconstruire sereinement.

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