Mon cheminement vers le nobra

Aujourd’hui, j’ai envie de te parler d’une croyance limitante que j’avais, mais que j’ai apprivoisée petit à petit.

Depuis quelques années, je travaille sur ma confiance en moi. Je cherche, je fouille, je réfléchis, j’apprends, je déconstruis et j’intègre beaucoup de choses. Ma situation personnelle précédente m’a freinée un peu dans cette conquête de moi-même. Ou pas. J’avais certainement des choses à comprendre de la situation.Toujours est-il que j’ai avancé sur le chemin de mon alignement.

Il y a cinq ou six ans, j’ai découvert le nobra. Une notion compliquée à appréhender tellement l’idée d’enfermer le corps des femmes dans une définition normée de la féminité est présente. Mais je me suis renseignée, la curiosité étant dans ma nature.

Au départ, cela ressemblait surtout à un délire de hippie et un rejet de modèle de société. Une idée d’écolo tendant vers le minimalisme, ainsi qu’économique de ne pas dépenser son argent dans un objet que personne ne voit.

Ensuite, il y a eu la notions de santé. Je ne suis pas allée faire des recherches approfondies sur le sujet, mais l’idée qu’un morceau de tissu qui t’enserre la poitrine toute la journée bloque la circulation lymphatique et puisse, à terme, te provoquer un cancer du sein, ça fait un peu réfléchir à l’utilité de la chose. J’avoue que l’idée de ne pas vouloir vérifier par moi-même la véracité de la chose c’est un peu posée là.

Pourtant, cet accessoire est tellement ancré dans nos mentalités. Il attise le désir sexuel de l’homme, certains en offrent à leur femme pour leur propre plaisir, et les femmes pour raviver la flamme de leur couple. Pourtant, en tant que femme, la première chose dont je rêvais en rentrant chez moi, c’était bien de m’en débarrasser.

Alors je me suis mise à réfléchir sur le sujet.

Quel est donc l’intérêt de cet objet que portent naturellement toutes les femmes, sinon celle de correspondre à une image imposée ?

Où est le plaisir de m’habiller en ayant une vilaine marque visible à travers les vêtements ?

Est-ce réellement nécessaire de voir ces bretelles dépasser de mon dos-nu l’été ?

Est-ce réellement un plaisir personnel de le porter ?

Dans mon couple, à l’époque, il s’agissait surtout d’entrer dans la norme. Ressembler au modèle de société. Mais plus le temps passait, et plus je me sentais étriquée dans cette image.

Jour après jour, je luttais pour correspondre à ce modèle tout en ne me sentant pas alignée avec ce que j’étais. Mais je me suis lancée.

Une journée après l’autre, un essai après l’autre, pour voir comment le monde me percevrait si j’osais sortir une journée sans ce soutien-gorge.

Les premiers essais, je les ai fait en hiver, sous des couches de vêtements amples, qui ne laissaient pas deviner son absence. En dehors de mon compagnon qui savait, personne ne semblait s’en rendre compte.

Et puis l’été est arrivé, et ma pudeur ne m’a pas permis de sauter le pas du nobra. Mais je commençais à regarder ailleurs que dans les rayons de lingerie classique pour trouver des alternatives. Et puis mon compagnon avait un avis bien tranché sur la nécessité de maintien de ma poitrine imposante…

J’ai testé la brassière de sport, pratique mais inesthétique. Suivant le tee-shirt que je portais, elle me rendait quand même bien service et apaisait l’homme dans l’image qu’il se faisait de moi.

J’ai testé le bandeau, du genre que certaines festivalières portent sous un débardeur très échancrés sur les côtés. Là encore, je n’y ai pas trouvé mon compte. Ça ne tenait pas suffisamment en place pour me sentir à l’aise. Je passais ma journée à me tortiller pour le remettre en place et je l’ai rapidement oublié au fond de mon tiroir.

J’ai ensuite testé le tee-shirt gainant, celui qui redessine ta silhouette sans laisser de trace à travers les vêtements. Lui, il m’a bien aidée. Il m’a permis d’oser les tops près du corps, avec des décolletés un peu plus prononcés, sans m’entraver, sans me gêner. Je me sentais enfin féminine.

J’ai aussi adapté mes tee-shirts à ma démarche. Les débardeurs étaient réservés à la maison, où personne ne me voyait. Pour l’extérieur, je portais des essentiellement des cols bateaux qui parfois me dénudaient l’épaule. Eux aussi, m’ont libérée à leur manière. Lors d’un atelier féminin que j’ai suivi à la rentrée dernière, j’ai même eu le droit à un compliment sur ma poitrine dont on ne devinait même pas qu’elle n’a aucun maintien artificiel.

Puis, au début de cette année, je suis arrivée en colocation. Avec uniquement des hommes. La pudeur était de mise. Mais ce qu’il y a de bien, en colocation, c’est que même si nous partageons le même toit, il n’y a pas la volonté de plaire à quelqu’un comme c’est le cas dans un couple. Et avec le confinement, les tenues ont été moins élaborées de toute part, ça aide aussi à relativiser. J’ai porté mes débardeurs avec plaisir, tout en gardant un petit gilet. C’est qu’il fait frais, parfois, mais je n’ai jamais eu aucune réflexion de leur part.

Maintenant que la chaleur de l’été est revenue, j’ose un peu plus encore. Ayant perdu quelques tailles de vêtements dans l’hiver, mon dressing a besoin d’être renouvelé, alors j’ose des pièces différentes de ce que je portais avant. Je me prends de passion pour les caracos, en velours, en soie, avec un peu de dentelle. Rien de transparent, pas totalement près du corps, très féminin, mais toujours un petit kimono léger pour me rassurer.

Et puis cette semaine, toujours plus de chaleur estivale. La clim qui ne fonctionne pas toujours correctement au bureau. J’ai osé l’enlever, ce kimono, pour passer l’après-midi à travailler juste en débardeur, sans me poser de question. Puis sortir du bureau, prendre les transports en commun et rentrer à la maison, toujours dans la même tenue. Un vraie révolution !

Avec le recul, je trouve incroyable toute cette réflexion pour un petit morceau de tissu, tout ce chemin parcouru, pour me sentir libre dans mes vêtements et dans ma féminité. C’est dingue de reprendre ainsi le pouvoir sur son propre corps, sur ses propres croyances. Aujourd’hui, je considère le soutien-gorge comme une entrave, un instrument de torture, et je suis heureuse de m’en être libérée, parce qu’il est, en définitive, une prison que je m’imposais. Et dire qu’au début, je pensais que c’était un truc de hippie…

Et toi, t’en pense quoi, du nobra ?

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