Je ne suis pas passée par ici depuis mon anniversaire.
C’est long 6 mois.
Il s’est passé peu et énormément de choses en même temps. J’ai eu besoin d’une pause, mais je n’ai pas arrêté de cogiter pour autant. Le deuxième confinement a été compliqué à gérer. Pris comme une injustice, une punition. Je travaille dans le tourisme, mais je fais dans le sinistre. Même s’il n’y avait plus de vacanciers, le parc immobilier continue d’exister, et il n’est pas à l’abri de dommages lié aux tempêtes, à l’usure ou à un oubli de vanne d’eau coupée suite à la fermeture en catastrophe d’une résidence. Mais on m’a renvoyée 8 semaines à la maison… Bref, je me suis sentie punie… Et puis j’étais la seule à rester à la maison constamment. Tout le monde avait la nécessité de sortir pour le travail ou le lycée…
J’ai fêté mon anniversaire confinée. Même si je suis en colocation, l’ambiance n’a pas été des plus festives. Ce n’était pas le pire des anniversaires, mais il n’a pas été des plus joyeux non plus…
Je me suis retrouvée face à moi, un peu perdue, sans trop savoir quoi faire de moi. J’ai senti ma vie comme à l’arrêt. Mais au final, peut-être que j’en avais besoin. Depuis tout ce temps, je n’ai plus trop d’idées de qui je suis et de ce que je dois faire de moi. C’est étrange comme sentiment, se sentir perdu sans savoir ce que pourrait faire retrouver son chemin. J’ai tenté de lutter, mais ça n’améliore pas l’humeur… J’ai cherché des solutions miracles et toutes faites pour me sortir de cet état d’âme. Mais y a pas de recettes toutes faites. J’ai fini par me dire que je devais prendre les choses comme elles viennent. Je me suis alors mise en pause de moi-même. Le lâcher-prise. J’apprends à écouter mon rien. J’apprends à écouter mes envies. J’apprends à comprendre pourquoi je me suis perdue. Et ça fonctionne. Je me donne le temps, pour aller mieux ensuite. Sans rien faire de vraiment productif.
J’ai décidé de faire une pause de Facebook. C’était devenu tellement anxiogène pour moi que j’ai désactivé mon profil. Une semaine pour commencer. C’était étrange et bénéfique en même temps. J’avais envie de continuer à avoir des nouvelles de mon entourage, mais tous les partages ne me faisaient pas du bien au moral, et je n’avais pas besoin de ça. J’ai à nouveau désactivé mon profil, et ça fait maintenant cinq mois que ça dure. Il me reste Instagram. Que j’ai également épuré et mis en privé. Je poste différemment. je ne m’oblige plus à poster, mais je finis par me dire que j’y passe encore beaucoup trop de temps. Mais c’est le minimum que je me réserve pour rester au courant de ce qui se passe dehors.
Je réfléchis à beaucoup de choses, mais je n’ai pas vraiment le sens de matérialiser ce qui me traverse. Tout n’a peut-être pas besoin d’être matérialisé non plus. Mais j’ai les doigts qui me démangent. Je me suis mise à la peinture au numéro. C’est un peu de la triche, j’ai juste à poser de la couleur au pinceau, sans dépasser des lignes et en posant les couleurs prédéfinies. Mais c’est satisfaisant de voir les images apparaître au fur et à mesure que les pots de peinture se vident. Et je le fais pour moi, sans me poser de questions. Ça m’occupe les doigts. Je tricote. Des torsades au kilomètres. J’ai un super pull irlandais en laine mérinos pour l’hiver prochain. Il est juste parfait. Il va juste falloir être patiente jusqu’aux frimas. je trie, j’épure mon intérieur, je ne garde que l’essentiel, ce qui me fait du bien. Je classe mes playlists spotify, et y a même des chansons pourries, mais qui me font sourire quand elles arrivent dans mes oreilles. J’assume les Backstreet boys et Tarkan. Je mange ce que j’ai envie, si j’en ai envie, et un simple plat de pâtes est aussi réconfortant que des scones cuisinés avec mon fils ou un paquet de bonbons industriel. Je me gave de séries et de films. Pas forcément ce qui fait le plus le buzz, mais juste ce qui me permet de m’évader ou de prendre conscience de certaines choses sur moi. Je me suis remise à la lecture avec plaisir. Je n’avais pas fais ça depuis le collège. J’ai découvert Andrej SAPOWSKI, Lucinda RILEY et Thomas HARDY (entre autres), rien de technique, et ça fait du bien. Je suis même en avance sur mon défi de lecture : 12 livres en 2021, et les 7 et 8 sont en cours de lecture. Je dors quand j’en ai envie, je veille quand j’en ai envie. Bien sûr, il y a des obligations de vie, mais je prends les choses avec moins au sérieux. Enfin, on peut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
J’ai changé, je change encore, je le sens, je suis encore sur la route, mais le fait de lâcher prise, de ne plus résister, ça m’aide à guérir. Je m’occupe à rien, je laisse mes réflexions passer sans trop m’y accrocher, sans même prendre la position du lotus pour méditer, je m’accorde du temps pour ne pas être bien, et je travaille à ne plus culpabiliser pour ça. J’apprends à faire ce que j’ai envie comme j’en ai envie. J’ai le droit d’être bancale, de faire des trucs débiles parce que j’en ai envie. Parce que jusqu’ici, c’est n’est pas forcément ce que je faisais. Jusqu’ici, j’ai tenté de coller à ce qu’on attendait de moi, je n’ai jamais cherché à savoir ce que j’attendais de moi. J’ai accepté cette pression extérieure toute ma vie, mais aujourd’hui, je n’ai plus envie de le faire. Je ne sais plus le faire sans que ça me fasse plonger dans un profond désespoir.
Alors ce n’est pas grave, de ne pas être bien. Ce n’est pas grave de dire que parfois, je ne vais pas bien, de ne pas faire semblant. Bien sûr, pas n’importe comment, mais le dire. Être vrai. Être authentique. Être soi. Faire ce qui est important pour moi, pas pour les autres. Prendre soin de moi avant de prendre soin des autres, pour ne pas s’oublier. Quand on comprend que ne pas s’oublier permet de pouvoir prendre mieux soin des autres ensuite, ça libère, ça fait du bien. Je replonge parfois, mais rien n’est linéaire dans la vie, ça me rappelle que je suis vivante, que je suis sur le chemin et que j’avance.
Et puis pas de pression, je n’ai aucune idée de quand je repasserai par ici. Et ce n’est pas grave. J’avance à mon rythme.
