Mon voyage autour du soleil

Il y a quelques années, j’ai entrepris un voyage.

D’apparence, sans but défini.

Pendant ce voyage, j’ai rencontré des gens, vécu des aventures, subis certaines paroles, actions, situations.

J’ai aimé, j’ai détesté, j’ai grandi, j’ai réfléchi, j’ai appris, j’ai compris certaines choses. 

Il y a des situations sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle.

Perdre ma mère à 8 ans à été une douleur immense. Et depuis, chaque jour elle me manque. Pourtant, ça m’a appris la valeur de la vie, qu’il faut prendre soin des personnes qui comptent le plus parce que nous ne savons pas pour combien de temps elles seront présentes dans notre vie. 

J’ai vécu des années odieuses avec ma belle-mère. Elle ne s’intéressait qu’à son bien-être personnel, sa vie de couple, son confort matériel, quitte à écraser les gens autour d’elle. J’ai compris que construire son bonheur au détriment des humains qui nous entourent n’est pas pérenne et que la vérité arrive toujours pour nous remettre à notre place. 

J’ai rencontré des enfants perdus. Beaucoup. Je les ai vus se débattre avec leurs démons personnels, essayer d’avancer avec les outils qu’ils avaient. Et certains très mal outillés. Certains sont restés perdus, car sans la notice, sans modèle pour se construire, il est souvent difficile de savoir comment gérer ce que la vie met sur notre chemin. Pas simple quand on n’a pas les bases. Certains se laissent happer et s’écroulent, d’autres combattent dans la violence, et d’autres encore, gardent espoir dans la lumière. 

J’ai croisé le chemin de certains enfants perdus, qui devenus adultes, restaient toujours aussi perdus. Parce que la notice n’existe toujours pas et que la vie qui s’étale devant eux n’apportent pas de perspectives réjouissantes. Le plus triste, c’est que sans la notice, ils n’ont pas la force de voir autrement. J’ai suivi ce chemin quelques temps, parce que je ne l’avais pas non plus, cette notice. Et puis j’ai compris qu’il ne tenait qu’à moi de bouger pour ne pas y laisser ma peau. 

Après tout ça, j’ai suivi une petite lumière vacillante qui ne savait pas quoi faire de la sienne, de peau. Elle avait bien reçu une notice, qu’elle appliquait autant qu’elle en était capable. Parce que c’est ce qu’on lui avait appris, mais qui dans le fond, la rendait malheureuse. Parce que dans sa notice, transmise de génération en génération, il faut suivre les règles scrupuleusement. On lui a dit que c’est là le chemin du bonheur et qu’il ne faut pas en dévier. C’est comme ça que tout le monde doit faire et que ça a l’air de fonctionner pour les autres vu d’ici. Elle ne comprenait pas pourquoi ça ne fonctionnait pas pour elle. Ça la mettait en colère et la renfermait dans son mutisme. Pourtant, sa petite lumière est toujours là, derrière son masque d’apparat. Grâce à elle, j’ai compris qu’il fallait lâcher prise sur ces règles que l’on croit immuables. J’ai compris qu’on pouvait être terriblement seul, même avec des gens qui nous aiment autour de nous. J’ai compris que se cacher derrière un masque n’est bon pour personne, pour soi et ceux qui nous entourent. Là encore, pas de notice sur comment faire briller sa lumière sans perdre espoir. J’ai voulu lui faire comprendre, mais on ne peut pas changer la programmation de quelqu’un sans qu’il en ait le désir pour lui-même. Alors j’ai poursuivi mon chemin.

Et puis une autre lumière est venue, elle aussi perdue. Une belle âme, avec énormément de qualités, mais une besoin incroyable d’affection. Parce que le monde qui l’entoure lui semble la limiter. Ce monde tangible, dur, où se mouvoir apporte fatigue, douleur, incompréhension. La moindre petite étincelle d’attention suffit à rendre ce monde un peu plus supportable, mais ce feu naissant s’éteint promptement quand on laisse le soin à quelqu’un d’autre de l’entretenir pour soi. Certes, la vie ne l’a pas épargnée, mais il n’appartient pas à quelqu’un d’autre de rendre son univers supportable. Je n’ai pas eu la force de me battre sur la durée pour entretenir sa lumière. La force de rester debout est en chacun de nous. Il suffit d’y croire et de ne jamais rien lâcher. J’aurai pu rester, mais ça n’aurait pas été honnête pour moi et pour elle. Il y aurait forcément eu quelqu’un de lésé. Je ne sais pas s’il s’agissait de la bonne décision ou non, mais c’est la mienne, et je l’assume.

À ce moment de mon voyage, voilà ce que je sais :

La vie est belle. La vie est injuste. Elle est les deux à la fois. Chacun mène sa barque avec ce qu’il a en lui. Je comprends que je suis le résultat de mes choix. Chacun de nous l’est. Je suis responsable, non pas des événements extérieurs qui m’arrivent, mais de la façon dont je réagis face à eux, et que mes choix engendrent des réactions qui se répercutent sur les événements suivants.

Aujourd’hui, je fais le choix d’entretenir ma lumière, malgré les épreuves, la douleur, le jugement extérieur, les paroles malheureuses à mon encontre. Il faut apprendre à se préserver, parce que rien ne nous oblige à supporter l’ombre des autres. Je ne suis pas là pour sauver les autres, parce que j’ai déjà mes propres ombres à gérer. Ça peut paraître égoïste, mais il faut bien commencer quelque part. Il faut prendre soin de sa propre lumière pour pouvoir rayonner ensuite.Et pas l’inverse.

Aujourd’hui, j’ai compris que l’absence de règles a fait de moi un enfant perdu, mais que suivre un règlement sans se poser la question de sa légitimité n’apporte pas le bonheur non plus. Toutes les règles ne sont pas toujours bonnes à suivre, si elles ne sont pas en accord avec toi. Il n’y a pas de notice valable pour tous. Ce qui est juste pour soi ne le sera pas forcément pour la personne qui fait un bout de chemin avec toi.

J’ai aussi compris que chacun réagit uniquement depuis son point de vue et avec ses conditionnements personnels. Ces conditionnements, on peut choisir de les  accepter et de les assumer pleinement. Si ce n’est pas le cas, on peux aussi choisir de les modifier pour qu’ils soient plus en adéquation avec ce que l’on veut vivre. Ce sont tes pensées qui font ce que tu es, ce que tu vis, elles rendent palpable le monde qui t’entoure. Elles sont l’énergie qui construit ton monde. Si tu penses être incapable de traverser la rue parce que tu as peur de te faire renverser par une voiture, tu nourris l’énergie de la peur et tu ne parviens pas à traverser la route. Pourtant, si tu lâches prise et que tu affrontes ta peur, c’est ta lumière que tu alimentes. Tu n’as plus peur de la route, tu prends confiance en toi, en tes capacités d’adaptation et il y aura un truc sympa de l’autre côté de la rue. Ça ne marche pas à tous les coups, mais tu as bien réussi à te mettre debout et à marcher quand tu étais petit. Tu ne t’es pas arrêté parce que tu as perdu l’équilibre quelques fois, alors continue.

Tu es responsable de tes pensées, de l’énergie qu’elles diffusent dans ton monde intérieur. J’ai longtemps cru être une mauvaise personne et que je ne méritais pas d’être heureuse, parce qu’on m’avait programmée à le croire. Mais je me suis demandé pourquoi je le croyais. Je me suis rendu compte, que durant mon voyage, on me l’a répété tellement souvent que ça s’était imprimé profondément. Et croire que c’est réel, c’est donner du pouvoir à cette croyance. Tant qu’on ne comprend pas ce fonctionnement, il est facile de s’apitoyer sur son sort, de se considérer comme une victime et de dire que c’est la faute des autres, des événements. Alors oui, nous sommes victimes de nos conditionnements, et il n’appartient qu’à nous de croire autre chose pour lui faire prendre plus dans notre vie. Il faut reprendre le pouvoir sur ce que nous sommes, et se le répéter chaque jour. Parce que nous sommes plus forts que ce qu’on peut penser. Nous avons le choix, s’apitoyer ou briller, de culpabiliser ou d’accepter pleinement ce que nous sommes, avec nos parts d’ombres et de lumières, le tout en une seule personne. Personne n’est parfait et c’est cool, mais tout le monde a de la valeur, et ça, c’est encore plus cool. Aujourd’hui, je prends soin de la façon dont je me parle intérieurement, autant que faire ce peut, parce que ce que je pense de moi le matérialise. Là où je me disais être une idiote parce que je ne suis à la hauteur d’une tâche ou que je pense avoir des lacunes dans un domaine, je prends la situation autrement. Certes, je n’ai pas cette compétence, mais je peux peut-être l’acquérir. Si ça me dépasse toujours, je peux aussi demander de l’aide. Ce n’est pas humiliant, de demander de l’aide. Mais ça prend du temps à l’intégrer.

Il faut apprendre à se déconstruire pour se reconstruire. C’est là ce que j’ai appris pendant ce voyage autour du soleil.

Et puis, il y a une règle à suivre, peut-être la seule, qui me semble fondamentale à suivre, pas forcément évidente à mettre en place au quotidien. Je la répète souvent à mon fils :

Fais ce qui te rend heureux, tant que ça ne fait de mal à personne.

Et ça t’inclut dedans, parce que tu es une « personne », toi aussi. Nos actions auront forcément des répercutions, sur nous, sur nos proches, sur les autres, mais si tu l’appliques en ton âme et conscience, il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas. Un petit pas chaque jour, pour devenir un meilleur soi, plus consciente de son pouvoir personnel. Change les choses que tu peux contrôler et accepte celles pour lesquelles tu ne peux rien faire. Tu n’es responsable que de toi, de tes pensées, de tes actions et de tes réactions. Commence par un premier pas, et les autres suivront. Comme quand tu t’es mis debout pour marcher dans le vaste monde.

Je ne suis pas plus intelligente qu’un autre, je ressens juste le besoin de partager ma compréhension personnelle. Si elle peut aider quelqu’un, même si c’est juste une personne, c’est déjà ça de gagné. 

C’est toi qui choisi de l’énergie que tu mets dans ta vie. Bon voyage ! 

source photo : Ray BILCLIFF

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