La statue de Louis XVI par Nicolas RAGGI

Pour l’année à venir, je me suis inscrite à un cycle de conférences en histoire de l’art. J’ai donc assisté hier à la première conférence de l’année. Celle-ci devait porter sur Le Caravage, mais la situation sanitaire actuelle a modifié le programme. C’est donc avec plaisir que j’ai pu découvrir une œuvre disparue depuis la seconde guerre mondiale, mais que j’aurai adoré pouvoir contempler de mes propres yeux, ne serait-ce que pour la taille de la sculpture. Je vous donne ici les informations que j’ai recueilli à son sujet.

La statue de Louis XVI par Nicolas RAGGI

A partir de 1771, divers projets ont été proposés afin d’ériger un monument triomphal à l’emplacement du château Trompette, avec la conception d’un nouveau quartier à la démolition du bâtiment. En 1785, on imagine une place en l’honneur de Louis XVI. En 1798, c’est une proposition de construction d’un « monument à la gloire des armées de la République et à la Paix glorieuse« . En 1908, une redistribution des terrains du château Trompette autour d’un nouveau Palais de Justice a été décrétée par Napoléon. C’est finalement sous Louis XVIII, en septembre 1816 qu’une ordonnance royale confirme la démolition du château. La place, initialement baptisée « place Louis XVI » puis « place Louis-Philippe » prend son nom actuel de « Place des Quinconces » après la révolution de 1848. C’est en 1883 que l’on décide de construire un monument à la mémoire des Girondins célébrant la République.

En 1821, le conseil municipal de Bordeaux, à majorité royaliste, vote le principe d’un monument à ériger à la mémoire du Roi martyr Louis XVI et de l’installer sur la place des Quinconces. Soutenu en 1925 par le Roi Charles X, une grande statue en bronze est commandée à Nicolas RAGGI. Il s’engage à fournir la statue et le piédestal contre la somme de 164 200 francs. RAGGI s’inspire du tableau en pied de Louis XVI en costume de sacre d’Antoine-François CALLET. Grâce à un impôt extraordinaire, une souscription et plusieurs crédits votés par le conseil municipal et le conseil général, les fonds sont réunis et la statue est fondue deux ans plus tard. En 1826, la première pierre du piédestal est posée par la Baronne d’Hausez, représentante de la dauphine Marie-Thérèse, marraine de la statue. La statue est coulée en 1829 à la fonderie de Charles CROZATIER.

Après les Trois Glorieuses, entraînant la chute du roi Charles X, Louis-Philippe bloque le projet et remise la statue à la fonderie du Roule dans l’île des Cygnes, sur la Seine. En 1833, l’inauguration ayant été empêchée suite aux événements de Juillet 1830, le conseil municipal décide la démolition du piédestal dressé sur la place Louis-Philippe. Les marbres qui le recouvraient sont utilisés comme étal aux poissonneries des halles de Bordeaux. En 1837, l’administration municipale essaie de vendre la statue à la Liste civile pour le musée de Versailles mais les négociations n’aboutissent pas. En 1854, la vente du local où la statue était entreposée conduit à son transfert au Dépôt des marbres du gouvernement.

En 1860, à la demande de la municipalité, le ministre accorde l’autorisation de la retirer des dépôts de l’état à condition qu’elle soit placée dans le musée de Bordeaux. Une souscription est ouverte pour couvrir les frais de transport jusqu’au jardin de l’Hôtel de Ville. En 1869, à la demande du baron du BOSCQ, Napoléon III autorise l’envoi de la statue au musée de Bordeaux, tandis qu’une souscription paie les frais de transport. Une légende laisse entendre que la statue aurait été amenée de Paris à bordeaux sur un char tiré par 100 bœufs. En réalité, la statue voyage en train et arrive le 30 juillet 1869 à Bordeaux, où elle est d’abord déposée dans le jardin de la mairie.

Le 4 septembre 1870, jour de la chute de l’empereur, la statue, considérée comme royaliste, est mise à l’abri dans une baraque en bois au moment des événements de la Commune. Le vicomte Charles de PELLEPORT-BURETE, maire de Bordeaux de 1874 à 1876, projette d’élever la statue dans le jardin municipal, mais il doit démissionner le 16 mars 1876 en raison de la victoire des républicains. La statue reste alors enfermée près de neuf ans dans son baraquement de bois.

Le 26 janvier 1877, le maire Emile FOURCAND ordonne qu’une salle lui soit réservée dans le musée en construction. L’architecte Auguste Dejean reçoit alors la mission d’établir les plans de l’aile méridionale du musée des beaux-arts de Bordeaux avec un emplacement particulier réservé à la statue. En mars 1878, elle prend enfin place dans l’arrière-salle du musée. La polémique s’installe et enfle rapidement. Selon la rumeur, les républicains exigent que la salle accueillant la statue soit séparée par un rideau « qu’on ne lèverait qu’après avoir demandé aux visiteurs si la vue de l’effigie du roi ne les choquerait pas » tandis que les royalistes protestent contre l’installation de la statue dans la dernière salle du musée, laissant ainsi croire aux visiteurs que « le roi est à nouveau en prison ». A plusieurs reprises, on proposera de sortir la statue du Musée pour l’offrir aux yeux du public. D’abord en 1928, puis en 1935 dans le but de dégager de la place dans le musée, mais ce déplacement aurait nécessité la démolition et la reconstruction du pavillon d’entrée du musée, projet bien trop onéreux pour le mener à terme.

A partir de 1941, l’Allemagne nazie qui occupait la France, a fait réquisitionner pour son effort de guerre une grande quantité de métaux non ferreux, tels que l’étain, le plomb ou le cuivre pour approvisionner ses usines d’armement. Le 27 octobre 1941, le conservateur du musée, Jean-Gabriel LEMOINE, reçoit une lettre indiquant que, d’après la loi du 11 octobre 1941 sur la mobilisation des métaux non ferreux, la statue doit être fondue. Il intervient alors auprès d’Adrien Marquet, maire de Bordeaux et ancien ministre d’État du gouvernement de Vichy, qui lui répond « qu’il a la triste mission d’assumer, de défendre, sans espoir de succès, le patrimoine artistique de la ville, devant des ordres absolument stricts venus de Paris ». Le lundi 29 décembre 1941, les ouvriers chargés de démanteler la statue se présentent au musée. Le découpage de la statue s’achève à la fin février 1942 et rapporte plus de 12 tonnes et demie de bronze. Le bronze étant difficile à utiliser dans l’industrie, seule une partie du métal récupéré est utilisée. La réquisition des statues apparait plus comme une volonté de plaire à l’occupant que de soutenir les industries. Avant cela, Charles-Louis MALRIC réalisa une réduction en plâtre de la statue ainsi qu’un moulage en plâtre de la tête. L’épée de 2,50m aurait été sauvée de la fonte.

Cette statue de bronze, de style néo-classique, représente le roi Louis XVI en costume de sacre. D’une hauteur considérable de 5,83m pour un poids de 12 500kg, elle représente le Roi, revêtu du grand manteau des cérémonies. La main droite du roi s’appuie sur son sceptre tandis que sa main gauche tient un grand chapeau de velours orné de plumes blanches tels que le portent les chevaliers du Saint-Esprit. La statue repose initialement sur un piédestal à quatre face, où sont gravées, sous forme de testament les instructions données par le monarque su navigateur Jean-François de La PEROUSE. Cette statue, remarquable par ses dimensions, étant cependant « loin d’être un chef-d’œuvre architectural » selon les critiques d’art contemporains au monument.

Mes sources : BORDEAUX QQOQCCPWIKIPEDIA AQUITAINE ONLINE

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